Le projet.

Pinque
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Sur les traces du Corsaire Terrisse

Claude Terrisse est un de ces personnages  qui jouèrent un rôle majeur (et reconnu à leur époque), mais dont la grande Histoire n’aura pas gravé le nom dans le marbre.

Né à Agde en 1598, vraisemblablement d’une famille bourgeoise, il est attesté très jeune -à moins de trente ans- comme Capitaine d’une pinque-barque (ou pincou), « L’Ange Gardien », trois-mâts de commerce à voiles latines.

À une époque où les états ne possèdent pas de flotte de guerre, il est remarqué par le Duc Charles-Emmanuel de Savoie, qui l’engage pour courir sus aux pirates, contrebandiers et autres infidèles qui sillonnent la Méditerranée. Voilà donc Claude Terrisse devenu Corsaire, avec l’autorisation d’armer son navire.

La Guerre de 30 ans faisant alors rage, c’est le Cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII qui parvient à convaincre le jeune corsaire de revenir sous la bannière française, le nommant ainsi Capitaine de la Marine Royale.

Fort de cette notoriété et de ses faits de guerre, il devient Capitaine de vaisseau, et se trouve chargé de l’escorte des convois d’hommes, mais aussi de blé et autres ravitaillements pour les armées françaises de Catalogne, notamment.

Sa carrière continue ainsi de prospérer, Terrisse devenant successivement Capitaine d’Infanterie de Marine, chargé de lever les troupes en Languedoc, inspecteur de tous les ports de la Provence (avec la même mission), puis Premier Consul de la ville d’Agde, à laquelle il donnera d'ailleurs son coffre de marine, toujours conservé au Musée d’Agde.

Conscient des loyaux services rendus par Claude Terrisse à la France durant sa longue carrière, Louis XIV lui témoignera sa reconnaissance par cadeaux et rente à vie.

Mort en 1673, il léguera une grande partie de sa fortun à une charité (une œuvre caritative), chargée de doter chaque année trois jeunes filles pauvres de la ville. Bien que mal gérée, cette fortune devait être colossale puisque les dernières filles dotées le furent jusqu'à l'aube du XXème siècle, soit plus de 250 ans après sa mort !

Quant à son bateau, L'Ange Gardien, aucun document ni ne le décrit, ni ne donne d’éléments précis sur son histoire, laissant, là aussi, place à l'imagination.

 
 
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Prendre le large

Il faut bien l'avouer, un tel bateau titille l’imaginaire.

Et il a d’abord commencé par nourrir le nôtre, nos rêves, nos envies et nos projets.

Ainsi le programme de navigation va-t-il être riche de plusieurs possibilités :

  • Les balades-découvertes le long du littoral agathois, en s’imprégnant de l’univers particulier de ce trois-mâts et en rêvant d’horizons plus lointains, avec la possibilité de privatiser le bateau, pour des moments particuliers en famille ou entre amis.
     

  • Les croisières, avec 6 passagers maximum, sur 2 à 3 jours entre Sète et Gruissan, ou de quelques jours entre Marseille et l’Espagne. Bien qu'importante, ce n’est pas tant la destination qui est privilégiée, mais plutôt la navigation et l’ambiance à bord.
    Il n’est en effet pas nécessaire d’aller loin pour prendre du plaisir, tant en mer qu’en escale, et les destinations d’un éloignement raisonnable permettent de mieux gérer les aléas météo, et de prendre le temps de profiter de la mer… car on n’embarque pas sur un voilier de ce type comme on prend un bus touristique !
     

  • Les événements nautiques : participer à des fêtes et autres rassemblements nautiques en Méditerranée permet en plus de naviguer avec d’autres voiliers traditionnels et de rencontrer des passionnés du patrimoine maritime, et des bateaux en général. Il s’y passe aussi de bons moments festifs, souvent avec folklore, musique et cuisine locale. L’occasion d’une croisière très particulière pour quelques privilégiés !
     

  • Communication & entreprises : l’Ange Gardien et son authenticité sauront séduire les entreprises désirant réaliser des événements atypiques. Présentations de produits dans les ports, communication, séminaires, renforcement d’équipe, photos de mode, tournages publicité & cinéma, support de concert et de spectacles à quai ou de conférences, etc.
    Tant de possibilités qui devraient attiser elles-aussi l'imagination des porteurs de projets !

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Mise en chantier

Première urgence : refaire l’avant de la coque, fatigué et prenant l’eau. Plusieurs bordages sont remplacés, ainsi que quelques membrures, changées et / ou doublées.

Toute le quart avant est décapé, recalfaté et revissé en vis inoxydables.

 

Il faudra ensuite s’attaquer à la charpente transversale. Après dépose de l’imposante cabine, le pont en piteux état est démonté, les ¾ des barrots et barrotins sont remplacés, plusieurs jambettes et certaines parties de bauquières, l’hiloire de roof central, et un nouvel hiloire moteur est posé. Le pont arrière est surbaissé pour créer le futur carré surmonté de sa dunette. Toute la charpente de cette dunette est dressée. Le pont est posé, puis les pavois sont remplacés, et un petite dunette avant est créée.

Plats-bords, lisses de pavois et roofs sont posés.

Puis viendra le tour du gréement : confection de trois mâts taillés au rabot dans des poteaux EDF, réalisation des 3 épontilles en acier galvanisé supportant le poids des mâtas, et confection de jumelles de fixation des pieds de mâts, permettant de démâter « facilement » si besoin (comme, par exemple, pour descendre le long de l'Hérault sans se heurter au pont de la voie rapide).

Confection des antennes avec des mâts à pavillon. Pose des haubans, du pouliage et des presque 500 mètres (!) de cordages divers nécessaire aux manœuvres.

Vient ensuite la pose des cuves gasoil, reconditionnées, d’un nouveau moteur quasiment identique au précédent, et d’un groupe électrogène pour assurer l'alimentation électrique du navire.

Reprise de la mèche (l’axe) du safran et du vérin de barre. Pose de deux postes de barre, un sur la dunette, un dans la timonerie arrière.

 

Et l’électricité…

Et la plomberie…

Et les aménagements intérieurs...

( Voir galerie de photos )

 

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Former et transmettre

La voile latine est typique de la Méditerranée, attestée depuis le Ve siècle au moins.

Son succès lui a même permis de « s’exporter » un temps sur les bateaux de l’Océan, notamment ceux des grandes découvertes des XVe et XVIe siècles, où d'imposants voiliers déjà « mixtes », arboraient gréements à voiles latines et à voiles carrées.

En Méditerranée, la voile latine connut aussi un « mâtinage » de voiles carrées à partir du XVIIe, plus faciles à manier, bien que moins efficaces. Mais notre mer intérieure continua à porter des purs voiliers latins jusqu’au XIXe siècle, avec notamment les grands chébecs de guerre construits à Toulon dans les années 1750 (dont certains mesuraient plus de 50m de long !), et les gardes côtes utilisés en Espagne jusque vers 1850. Le chébec ne disparaitra totalement qu’au début du XXe siècle, à l’aube de la 1ère guerre mondiale.
 

Autant dire que ce gréement de trois mâts à voiles latines aura été emblématique des voiliers de guerre, de commerce, voire de pêche pendant plusieurs siècles, succédant et coexistant tardivement avec les galères, armés par les pirates musulmans et barbaresques, les italiens, les espagnols, les français, l’ordre de St Jean de Jérusalem ou encore Malte et bien d'autres.

Et le constat de se faire jour : il n’en reste aujourd'hui plus aucun !

D’où l’irrésistible envie de faire renaitre ce gréement, à la fois pour son histoire, pour son élégance, et pour sa manœuvre si particulière, très différente de la voile carrée.

Car si les restaurations de barques à voile latine unique, nacelles, barquettes, pointus, mourre de pouars, catalanes, tartanes, sont désormais nombreuses de l’Italie à L’Espagne, si des felouques à voile « arabe », cousines de la voile latine, continuent d’exercer essentiellement en Egypte, et si l’on trouve quelques rares barques de mitjane (à deux voiles latines)... point de trois-mâts à l’horizon.

L’Ange Gardien, restauré en pinque-barque (ou pincou en languedocien, version commerciale du chébec) se retrouve donc unique en son genre !

Même s’il ne s’agit pas d’une reconstitution historique pure, et même si son gréement de taille raisonnable pour être accessible à la manœuvre ne lui ouvrira certainement pas les performances des voiliers de l’époque, montés par des équipages nombreux (plus de cent hommes sur un grand chébec), il n’en reste pas moins un outil intéressant et incontournable pour réapprendre la manœuvre de ces trois voiles.

Apprendre, transmettre les gestes, les réglages, le vocabulaire spécifique, en français, occitan, catalan, provençal, génois, sicilien et autres langues du pourtour méditerranéen, va ainsi devenir une énorme possibilité de participer à cette reconquête et cette transmission du patrimoine et de la culture maritime méditerranéenne.

C’est donc sous forme de stages, destinés tant aux membres des associations de voiliers traditionnels, qu’aux néophytes, mais aussi aux enfants,  que ce passage de savoirs verra bientôt le jour.

Et pour cela, l’Ange Gardien n’hésitera pas à longer les côtes de la Méditerranée et à jeter l'ancre dans ses nombreux ports, sur les traces de ses augustes prédécesseurs.